Suicide,
antinomie du survisme ?

 

Cet exemple est tiré du livre "Psychologie et si on arrêtait les conneries ?"

- Suicide, antinomie du survisme ? -

Si tout n'est que survie, c'est-à-dire : exister après l'instant présent, comment comprendre l'action du suicide ?
Malgré les apparences, le suicide, c'est pour " survivre ". Quant aux raisons possibles, elles sont multiples. Ces raisons, dans de nombreux cas, sont des erreurs, car basées sur de mauvaises prises en compte des éléments en présence.
Voici quatre cas différents.

1 - Cas du suicide par honneur pour soi-même :
Il y a une trop grande différence entre l'image que l'on croit avoir auprès des autres, et l'image que l'on a de soi. Cette trop grande différence est insupportable.
Exemple : un homme est emprisonné à tort. Ce dernier a l'impression (à tort ou à raison) qu'aux yeux des autres, il passera toujours pour un criminel, et qu'il n'arrivera jamais à prouver sa totale innocence. Se sentant à jamais sali, il se suicide. Pour lui, se donner la mort est une preuve qu'il ne mentait pas. L'image qu'ont les autres de lui est plus importante que sa propre vie. Ainsi : mort par suicide = honneur propre = vie propre dans la mémoire des autres. Sa mort physique est une valeur qui a moins d'importance que la valeur de sa vie dans la mémoire collective. L'ordre reste la survie.

2 - Cas du suicide par sacrifice pour les autres :
Face à un danger, sa vie n'a pas d'importance si son sacrifice permet la survie du groupe.
Exemple : En Asie, certains moines se sont immolés par le feu lorsque leur congrégation était mise en péril par le gouvernement de leur pays. Les médias étrangers ont montré à leurs concitoyens le problème de ces moines, et ce geste par le feu étant spectaculaire, il a marqué les esprits. Cette image a dégradé celle des dirigeants du pays maltraitant ces religieux. Et cet ensemble de valeurs était supérieur à la perte d'une simple vie. Ainsi, aux yeux de celui qui se sacrifie : la mort physique de l'individu a permis la survie du groupe et ce groupe se souviendra de son sacrifice, lui assurant une survie spirituelle (mémoire du groupe). Sa survie est assurée par sa mort.

3 - Cas du suicide par perte de l'essence de la vie :
Lorsqu'une personne focalise son existence sur une seule valeur (un être humain, un animal, une valeur spécifique...), si cette valeur disparaît, la personne perd sa raison de vivre.
Exemple : Une personne âgée vit seule. Son animal de compagnie vient de mourir. Cette personne sera tentée par le suicide parce que son équilibre entre plaisir et déplaisir n'est plus respecté. Il y a trop de déplaisirs. Si son éducation lui a dit : " La vie doit être plaisir, on ne doit pas souffrir ", et si sa vie n'est que déplaisir, alors la mort lui paraît être une solution pour ne plus être dans le déplaisir. Soulagement dans la mort, car mort égal " ne pas souffrir ", égal survie. L'erreur réside dans l'éducation qui n'a pas enseigné comment résister à la souffrance. L'erreur est également dans l'idée que l'équilibre d'une vie doit être dans le plaisir, le plaisir, et uniquement le plaisir.

4 - On trouve également des suicides dus à des dérèglements chimiques du cerveau.
Ce cas se rapproche des symptômes du cas numéro 3. Mais il est très rare ; peut être génétique bien que le comportement par mimétisme ne soit pas non plus à négliger. Exemple : un parent se suicide face à un gros problème. Certains de ses enfants, lorsqu'ils rencontreront un très gros problème, suivront " l'exemple " de leur parent. Nous sommes toujours en présence du même problème d'une éducation n'apportant pas de solutions équilibrées. Solution au dérèglement chimique, seul l'intervention d'un médecin agissant sur la chimie du cerveau, peut aider. Comme il est précisé dans le préambule de la description du suicide, bien souvent il y a un mélange de raisons complexes.
Exemple : Un chef d'état détourne de l'argent à son profit, il est dénoncé publiquement par des preuves irréfutables. Sa seule sortie honorable est le suicide. Pourquoi le suicide assure sa survie ? L'image qu'on donne de soi est la base de ce suicide. Suite à la prise de conscience de la gravité d'un crime, l'idée d'être condamné à la prison ne serait pas assez comme punition pour retrouver une image honorable. La punition suprême étant la mort, et la notion d'existence (par l'image qui reste chez les autres) étant importante aux yeux du " criminel " il s'auto-punit par la sanction la plus forte, sa mort par suicide. L'erreur de raisonnement est de croire qu'on peut effacer un crime en se punissant. Un crime reste un crime malgré le pardon, malgré le paiement d'une contre-partie (punition ou autre).
(Voir Vivre avec un crime sur la conscience p 140)

Remarque : un criminel peut arriver au suicide non par honneur à respecter, mais par l'impossibilité de pouvoir supporter les éléments à venir. Dans le cas du suicide par sacrifice pour les autres, prenons un autre exemple : Le kamikaze conduit son avion rempli d'explosifs pour se jeter sur un navire ennemi en sachant qu'il va mourir, ceci avant même d'avoir décollé. La survie réside dans la mémoire de la société, mémoire du héros qui va aider les autres grâce à son sacrifice. Sa survie passe par la survie des autres, permise par son sacrifice. Il ne faut pas oublier que souvent la notion de martyre est liée à la vie après la mort, la promesse du paradis lorsqu'on est un martyre. Lorsque le kamikase ne croit pas en la vie après la mort, il amoindrit le vide que représente sa mort, par la valeur de " noblesse d'être intègre, d'aller jusqu'au bout ". Certains peuvent remettre en cause le bien-fondé de la méthode suicidaire (dans son efficacité à long terme) ainsi que la réelle mémoire de la société quant à son sacrifice. Ce cas de suicide peut amener à une fascination, une admiration de tous dans la noblesse de l'acte et certaines personnes ayant peur de la mort, peur de ce moment non contrôlé, dont on ne connaît pas la date, finissent pas se suicider. Parfois c'est pour " entrer dans l'histoire " en mettant sa mort au service d'une grande cause, car l'histoire semble immortelle par rapport à la vie d'un humain. Parfois c'est pour contrôler tout de sa vie, jusqu'au dernier moment en choisissant la date et l'heure (ne pas vouloir vieillir). Parfois c'est parce qu'être mort tout de suite, lorsque l'issue d'une maladie est fatale, est moins angoissant - fait moins souffrir - que d'attendre le vrai moment.

Le suicide est-il preuve de lâcheté ou de bravoure ? Les mots " lâcheté " ou " bravoure " sont des jugements de valeur. A chacun de voir.
Par contre, l'important est de comprendre le décalage d'image qui existe entre celle qu'on croit avoir et celle qu'on a effectivement. L'important est également dans la détermination des valeurs qui amènent à la conclusion " la mort ne signifie pas que je vais disparaître ".

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